Contribution proposée dans le cadre de l'animation par l'ARSEC de
la
thématique Culture du Contrat de Ville de la Ville de Lyon (Mai 2002),
alors que j'étais responsable du Centre de Ressources - Espace Culture
Multimédia de la MJC Monplaisir à Lyon.
Des lieux de Ville devenus innommables
Juste une réflexion en guise d’entrée en
matière. Un retour sur les mots qui se dérobent.
Quel est donc ce « mal de Ville » que
l’on n’ose nommer ? Autrefois, il y a quelques années, « la
zone » s ‘appelait banlieue, ZUP, ZAC, ZEP, zone de transit, zone
franche, zone de périphérie urbaine ou centre urbain paupérisé … zones de
non-droit et zones interdites.
Avez-vous remarqué comme aujourd’hui petit à
petit dans le discours quotidien, les quartiers défavorisés, difficiles,
sensibles, … perdent leurs épithètes. On parle des « jeunes de
quartiers » ; tout court. Ces territoires urbains semblent devenus
inqualifiables, innommables dans les deux sens du terme. En devenant des lieux
communs, ces îlots de misère, occupent tout le terrain, puisque « la
Politique de la Ville » leur est tout entière consacrée.
Pour les thérapeutes, nommer le mal, c’est le guérir à moitié. Alors
n’ayons pas peur des mots.
Oserons-nous parler de quartiers pauvres ?
De populations en voie d’accession à la nationalité française ? Le
développement équitable serait-il une denrée réservée à
l’exportation ?
Culture dans les quartiers ou Culture(s) des quartiers
Monter des projets culturels dans les quartiers
relevant de la politique de la Ville. Oui, mais comment ? Cette question
trouve des éléments de réponse dans une interrogation préalable sur le
Pourquoi : quelle(s) finalité(s) pour de telles actions ?
-
S’agit-il au nom d’un principe démocratique de
« permettre l’accès de tous à la Culture », ou bien veut-on permettre
à chacun d’exercer les pratiques culturelles de son choix avec « égalité
de moyens pour tous » ?
-
Souhaite-on, au nom d’une vision héritée de
Malraux, guérir et éclairer les populations incultes par simple contact avec un
Art rédempteur, ou bien propose-t-on une action de médiation culturelle visant
à faire découvrir les démarches artistiques contemporaines ?
-
Allons-nous encourager un travail sur la mémoire
vivante des quartiers auprès des adultes et parents dont la place centrale a
été médiatiquement confisquée par les jeunes, ou bien choisissons-nous
délibérément de miser sur les formes de « culture urbaine émergente »
au risque d’enfermer les jeunes de ces quartiers dans une image d’eux-mêmes qui
ne leur appartient pas vraiment ?
Comment intervenir ? La question devient
très vite : Qui intervient et en invoquant quelles formules
magiques ? (Entendez par là, au nom de quels principes d’action)