L'identité trouve sa source dans la Liberté, et en particulier la liberté de conscience. J'ai toujours été étonné, voire choqué, que dans de nombreux pays, les documents d'identité mentionnent l'appartenance religieuse. Une des manifestations concrète et pratique du principe d'état laïque en France, c'est de nous octroyer cette liberté de choix, de discrétion, d'évolution ou d'interrogation dans nos croyances et convictions.

 

La nationalité naît dans le creuset de l'Egalité, car il me semble qu'il y a aujourd'hui péril à définir la Nation par des principes tels que le « droit du sang » ou le « droit du sol ».

Droit du sol ? A l'heure de l'ouverture des frontières au sein de l'Europe, et du développement d'importantes diasporas de part le monde (chinoises, africaines, ...) peut-on encore fonder une Nation sur un principe de territoire ? Ainsi, l'Europe d'aujourd'hui est une Europe des nations, et non pas une Europe des citoyens. Devant l'impossibilité d'un principe de nationalité européenne, une constitution suffira-t-elle à nous transformer en citoyens européens ? Peut-être ... mais je n'en suis pas sûr.

Droit du sang ? Lorsque l'on naturalise les champions sportifs pour remporter titres et médailles, comme on enrôlait jadis les soldats d'outre-mer pour des guerres qui ne les concernaient pas, de quel sang parle-t-on ? Celui qu'on verse sur les champs de bataille ou celui qui coule dans les veines de nos aïeux ?

Il me semble que devant ces incohérences insolubles, le principe d'Egalité serait bien fondé pour donner naissance à une nouvelle idée de la Nation (il faudrait d'ailleurs savoir si on parle « égalité des droits », « égalité des chances », ou encore « équité » ... mais ceci est un autre débat).

 

Egaux bien que différents, nous pouvons former une Nation multiculturelle, multiethnique, et pourquoi pas multilinguistique.

 

 

La citoyenneté se fonde sur le principe de Fraternité, qui pour moi est transnational. Je me sens citoyen du Monde et citoyen de mon quartier ou de mon village ... mais pas vraiment citoyen français (cf.. mes démêlés racontés plus haut à propos de mon « identité française »).

Je crois que nous sommes quelques-uns, enfants issus de l'immigration ou du métissage à ressentir les choses comme cela.

 

La première fois que j'ai pu voter, c'était pour les élections municipales de 1982. Bien que ce scrutin signifiait peu de chose pour moi à l'époque, cela reste un souvenir très fort pour moi, car je suis allé voter en compagnie de mon père, récemment naturalisé, qui votait pour la première fois de sa vie en France, vingt ans après s'être installé dans ce pays. A son émotion, j'ai compris à quel point cet acte était important pour lui et lui redonnait une dignité de citoyen de plein droit, qui lui avait été jusque là déniée.

 

Si nous voulons aider les enfants de l'immigration à trouver leur place dans notre pays, il faut commencer par accepter leurs parents et leur offrir une citoyenneté à part entière, incluant un droit de vote aux élections locales, une possibilité de participation à la vie associative ...

 

Lorsque j'étais adolescent, les statuts du club sportif para municipal dans lequel j'étais licencié, prévoyait par exemple que pour être élu au conseil d'administration du club, il fallait être français ... 

 

 

Voilà pourquoi, à mes yeux, il n'est pas possible ni souhaitable d'associer ou de confondre nationalité et citoyenneté. Tout habitant installé durablement sur un territoire devrait avoir le droit de voter pour désigner les représentants qui décideront comment gouverner le bateau qu'il contribue à faire avancer. Sinon, nos démocraties des pays du Nord ressembleront à ces galères propulsées par des esclaves venus des pays du Sud et relégués dans la cale de la République.

 

De même, cela me gêne que mon identité soit garantie par une carte « nationale » d'identité. Je suis un homme libre et je ne me sens relever d'aucune identité « nationale », pas plus que religieuse. Je veux bien reconnaître à quiconque un droit de nationalité, pour peu que le prix à payer soit un devoir d'identité, c'est à dire de Liberté assumée.

 

Par contre, identité et citoyenneté me semblent marcher de pair. Le « vivre ensemble » d'une façon fraternelle, qui constitue pour moi le socle de la citoyenneté, n'a pas de sens sans la liberté d'exister, de penser, de douter, d'agir et de rêver qui permet à toutes ces identités de se construire, souvent en s'opposant.

 

De mon point de vue, la citoyenneté n'est pas un droit, c'est une capacité à cohabiter avec ses semblables et ses dissemblables qui s'apprend avec le temps, dans la discussion et la négociation.

Celui/celle qui ne participe pas à cette construction collective, parce ce qu'il/elle n'en fait pas la démarche ou qu'on l'en empêche est-il/elle citoyen ? Je ne le crois pas. Il est habitant, contribuable, administré, usager, consommateur, salarié, entrepreneur, etc.... Dans ces différents rôles, il sera sans doute amené à faire des choix qui auront des conséquences sur la vie de la Cité.

Mais « efficience sans conscience n'est que ruine de l'âme », pour paraphraser un classique.