Dans le premier cas, j'ai répondu par un message un peu agacé à l'expéditeur et à tous les destinataires, qu'il s'agissait d'un canular (en mettant un lien vers HoaxBuster). Voici un extrait de mon agacement :

Si nous ne voulons pas que nos boites mail deviennent des poubelles à ragots, pubs non sollicitées et autres canulars, il faut que chacun d'entre nous fasse un petit effort et arrête de colporter n'importe quoi !

A posteriori, je m'interroge sur l'efficacité d'un tel message. Certes, ça m'a fait du bien d'exprimer mon ras-le-bol, mais la personne sur qui ça tombe n'est pas responsable des 999 autres messages du même genre reçus auparavant ... Il n'est jamais très agréable de se faire prendre en défaut publiquement. Peut-être aurais-je du envoyer uniquement un mail à cette personne pour lui indiquer son erreur et l'inviter à rectifier l'info elle-même auprès de ses correspondants ? Mais, sur le moment, on a surtout le souci d'efficacité et l'on souhaite stopper le plus rapidement possible la propagation virale de ce genre d'intox.

Dans le second cas, je n'ai pas répondu car je ne connaissais pas l'émetteur du message, mais d'autres l'on fait sur la liste avec des réponses de nature très différentes. Devenu spectateur du phénomène, j'y ai appris des choses intéressantes.

Parmi les réactions déclenchées, on peut s'essayer à dégager une typologie (je vous laisse deviner dans quelle catégorie je me place :-) ) :

- il y a l'expert en sciences & technologie, qui aime à montrer que lui maîtrise les outils, qu'il sait comment ça marche et qui explique avec force détails aux autres (qui ne lui ont rien demandé) pourquoi il est "mathématiquement" impossible que cela soit vrai et sous-entend que si vous avez marché, c'est que vous êtes vraiment crédules, ou bien se lance dans un cours sur l'art de bien utiliser la messagerie électronique pour ne pas polluer les autres.

- il y a le moraliste, qui fait appel à à la netiquette, à l'éthique, à la responsabilité collective ... le moraliste peut aussi être expert en technologie, c'est souvent le cas, et il devient alors redoutable ...

- il y a l'âme compatissante, qui dit "t'inquiète pas mon pote, ça nous est tous arrivé au moins au fois, d'ailleurs un vieux routard comme moi, pas plus tard qu'hier je me suis encore fais piégé ...".

Sans doute que cette liste pourrait être complétée...

En lisant les messages sur la liste et en essayant de me mettre à la place de l'expéditeur pris en flag de diffusion d'une information errronée en croyant bien faire, il m'a semblé que la posture de l'expert-moraliste était sans doute la moins efficace pour faire passer le message auprès des usagers novices ou occasionnels de la messagerie. Faire preuve d'empathie me semble une nécessité première, car la plupart des personnes piégées ont cru bien faire en partageant spontanément avec leurs connaissances ce qui leur est apparu comme une bonne affaire, une bonne cause, une bonne blague, etc ... De cette générosité, ils pourraient attendre remerciements, et ils reçoivent moqueries et coups de bâtons.

Encore une fois, je ne peux que me répéter les mots de Saint-Exupéry, mis dans la bouche du Renard s'adressant au Petit Prince (voir mon billet précédent Apprivoiser les technologies pour exercer son métier plus librement ) :

Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé.

Si j'ai déjà pu expérimenter que l'on pouvait être plus intelligent collectivement, il me semble que l'on ne peut-être responsable qu'individuellement.