Reproche-t-on à l'Education Nationale d'être juge et partie, alors qu'elle évalue les élèves qu'elle a formé ? Reproche-t-on aux élus de la Nation ou d'une collectivité d'être juges et parties lorsqu'ils se votent unanimement une augmentation de rémunération ? Reproche-t-on à l'Etat d'être juge et partie lorsqu'il s'exonère par décret d'application ou par des libéralités administratives, des obligations légales qui incombent à toute autre personnes morale en tant qu'employeur, propriétaire foncier ou immobilier,  etc ?

La confusion des rôles règne partout, alors on voudrait pouvoir compter sur des « experts indépendants ». Il semble que de nos jours, la principale qualité recherchée pour un expert soit son indépendance, avant même sa compétence. Ce qui compte c'est que vous ayez les titres vous qualifiant comme expert, le pedigree qui vous donne légitimité à émettre un avis autorisé. Cette approche privilégie clairement les experts de salon, ceux qui n'ont jamais mis les mains dans le cambouis, les spécialistes de l'art de dire ce qu'il faut faire ... mais qui n'ont en général aucune idée pratique de comment ça marche vraiment, car la réalité contredit souvent les théories enseignées.

Cela me fait penser à l'affrontement que Galilée met en scène dans le « Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde » entre un savant aristotélicien qui professe comme vrai ce qui est écrit dans les livres des anciens et un savant qui fonde ses théories sur ce qu'il observe et tire des expériences qu'il pratique.

Comme dit le proverbe africain : « Si tu ne sais pas, demande à quelqu'un qui l'a déjà fait ».

Il y a deux façons d'être expert : on peut être expert grâce à une expertise apprise dans les livres ou expert parce qu'on a de l'expérience. Entre être « Celui qui sait » ou « Celui qui a fait », j'ai fait mon choix il y a longtemps. Mais pourquoi ne pourrais-je pas émettre un avis éclairé sur ce que font ou prétendent faire les autres, sous prétexte que je suis moi-même engagé dans des actions similaires ?

Existe-t-il un point de vue de Sirius ? Une tour d'ivoire des hauteurs de laquelle il serait possible de scruter l'horizon en toute objectivité ? Je ne le crois pas. Nous sommes partie du Monde, il tourne et nous tournons avec lui. Cela ne doit pas nous empêcher de rechercher l'équité, mais celle-ci ne peut reposer sur l'objectivité illusoire d'un seul, mais doit s'appuyer plutôt sur les multiples subjectivités d'une intelligence collective en réseau.