Photographie en coupe du "fossé numérique"
Par Philippe le vendredi 28 novembre 2008, 22:28 - Editos - Lien permanent

Depuis longtemps, je cherchais une image illustrant simplement en quoi
consistait ce fameux "fossé numérique. En feuilletant un rapport du CREDOC
avant de m'endormir (véridique, au moins ausi efficace que de compter les
moutons ...), je l'ai trouvé
!
En 2007, il y a un fossé très net qui s'est creusé entre ceux/celles qui utilisent internet tous les jours (41 %) et ceux/celles qui ne l'utilisent jamais (39%).
Entre ces deux polarités extrêmes de profils d'usages, on voit bien qu'il ne reste plus beaucoup de place pour des usages sporadiques, hebdomadaires voire plus rares.
C'est là que ce trouve à mon sens le fossé, et il n'arrête pas de se creuser.
Cette représentation me paraît plus juste que celle proposée par le CREDOC pour illustrer cette notion de fossé numérique.

L'équipement des ménages n'est pas le seul indicateur
En prenant comme seul indicateur le taux d'équipement des ménages en connexion internet, cela fait des années que l'on passe à côté d'une partie du problème.
Même si ces données sont intéressantes et montrent bien des disparités, elles ne prennent en compte qu'une dimension de l'internet, sa dimension technologique.
Internet n'est pas seulement un réseau télématique, c'est aussi un média, un moyen de communication interpersonnelle, un bouquet de services et sans doute d'autres usages encore à explorer.
Jeter une passerelle (Bridge the gap) ...
Cela fait des années que je critique le vocable de "fracture numérique", mal adapté pour décrire les disparités d'usages et d'appropriation des outils numériques, contre lesquelles les programmes d'alphabétisation numérique et d'e-inclusion ont été conçus. Faute d'avoir su, entre 1997 et 2002, radiographier avec précision la localisation de cette soi-disant "fracture", les politiques publiques nationales et régionales en matière de "Société de l'information" ont vainement tenté de la réduire, se contentant bien souvent de faire du replâtrage, à défaut de moyens de mener des "frappes chirurgicales".
Je préfère le terme de "fossé numérique", creusé avec le temps, à l'abri duquel les réfractaires aux nouveautés technologiques se retranchent, comme les irréductibles gaulois d'un petit village bien connu des amateurs de BD. "Bridge the gap", telle est l'ambition des anglo-saxons pour dépasser le "Digital divide", c'est à dire "jeter une passerelle au dessus du fossé". Voilà bien une solution de pionniers : l'important c'est de franchir l'obstacle, de poursuivre sa route, de privilégier la mobilité.
... plutôt que combler le fossé
Les français voudraient "Combler le fossé", solution d'aménageurs aux
racines paysannes ... les mêmes qui ont rasé le bocage, remplacé les fossés et
fortifications des villes médiévales par des boulevards extérieurs, instauré
l'école républicaine obligatoire pour tous pour réduire les inégalités ! C'est
sans doute la meilleure manière qu'on ait trouvé pour enterrer le problème

Commentaires
Bonjour Philippe (ça fait un baille!)
Pendant les six années durant lesquelles j'ai donné des "cours d'internet" pour tous publics dans une asso, j'ai pu me rendre compte du creusement du fossé. Tous les ans, la population était de plus en plus réfractaire à l'utilisation du réseau des réseaux. Comprendre ses usages : oui ; l'utiliser : non.
Aujourd'hui, il me semble (trop?) difficile de prendre le train en marche pour les résistants (d'autant que celui-ci prend de la vitesse). Quand le pourcentage des personnes n'utilisant jamais Internet sera égal à celui de de ceux qui ne savent pas utiliser un clavier, on pourra dire que le fossé a fini d'être creusé. Ensuite, en effet, à part jeter une passerelle...