"Les non-usagers d'internet en Bretagne" : une enquête qui confirme les fortes résistances aux changements technologiques
Par Philippe le vendredi 27 février 2009, 14:18 - Lectures - Lien permanent
Ça fait quelques années que je défends l'idée que la société française comporte un nombre conséquent de personnes fortement réticentes, voire réfractaires à l'usage de l'ordinateur et d'internet. Les évolutions rapides des technologies et l'arrivée massive à l'âge adulte d'une génération de jeunes nés ayant grandi avec le numérique depuis leur plus jeune âge (les fameux « digital natives »), ne changent rien au problème. Bien au contraire, cette accélération de l'émergence de nouveaux services et usages de communication, renvoyant le mail à l'état d'outil préhistorique, ne fait qu'accentuer davantage les lignes de faille.

Jocelyne Trémenbert, du Laboratoire M@rsouin, vient de publier les résultats dune enquête régionale sur « Les non-usagers d'internet en Bretagne» [Voir Qui refuse les TIC en Bretagne et pourquoi ? Comprendre grâce aux statistiques le non usage d’Internet (février 2009)].
Cette étude apporte des éléments statistiques récents qui montrent qu'entre 2006 et 2008, la situation a peu changé du côté des non-usages. Elle apporte surtout une connaissance plus fine et propose une typologie des publics non-usagers d'internet.
Rappelons les données nationales : 42% des plus de 11 ans déclarent ne pas s’être connecté à Internet dans le mois précédant l’enquête (Source : Mediametrie – Juin 2008).
Dans l’enquête « Résidentiels » de M@rsouin de juillet 2008 (2000 réponses représentatives), les non-usagers représentent un tiers (32%) de la population des individus de 15 ans et plus résidant en Bretagne.
Nous ne nous attarderons pas sur les caractéristiques démographiques et socio-professionnelles, car elles ont largement connues : le non-usage d'internet concerne particulièrement les personnes âgées de plus de 60 ans, les personnes pas ou peu diplômées, les personnes ayant des revenus inférieurs à 1000 € par mois. L'étude fait aussi apparaître l'influence de l'entourage : les personnes isolées socialement ou dont les proches n'utilisent pas les technologies numériques ont plus de chance de faire partie des non-usagers.
Une typologie des non-usagers selon leur motivation et leur degré de connaissance de l'internet
L'apport de l'étude porte sur le recours à des méthodes d’analyse multivariée des données permettant d’établir une typologie des non usagers. Ainsi, parmi les non utilisateurs, on peut distinguer 5 profils-types, qui se dégagent selon le degré de connaissance de la technologie et de ses usages et selon la motivation des personnes vis à vis de cet outil/média qu'est l'internet.
- Les futurs utilisateurs (5%) et les utilisateurs potentiels (19%) : bien informés et assez motivés, ces personnes seraient prêtes à rejoindre les rangs des usagers.
- Les réticents (41%) : bien informés, mais peu motivés
- Les réfractaires (16%) : mal informés, et pas du tout motivés
- Les exclus (18%) : mal informés et pas motivés pour des raisons objectives (âge, statut, maladie...) ou subjectives (crainte).
L'étude propose des tableaux détaillés fort intéressants, et nous vous invitons à vous y reporter.
Des isolés numériques
Les non-usagers se caractérisent d'abord par le faible équipement technologique de leur foyer, (4 fois moins que la moyenne des foyers équipés en informatique) et par l’absence d’usages de l’Internet dans leur entourage.
Lorsqu'ils font appel à l'intermédiation d'une personne pour leur fournir une aide (c’est le cas pour une personne sur 5 ), « 34% d’entre eux cherchent de l’aide au sein même du foyer, 65% au sein de la famille, 15% demandent à leurs amis, alors que seulement 2% d’entre eux vont s’adresser à un professionnel ».
Les raisons du non-usage
« Ne pas savoir à quoi cela peut servir est la raison évoquée le plus souvent par les personnes qui n’utilisent pas les outils multimédias. Ne connaissant pas l’informatique, les personnes n’imaginent pas ce qu’il est possible de faire et donc n’y voient pas d’intérêt. »
Ce n'est pas parce que l'on n'utilise pas, que l'on a pas son opinion sur Internet. Parmi les représentations négatives les plus fréquentes : « c'est un simple phénomène de mode » (55% de sous total d’accord) ou « C'est réservé aux jeunes » (50%).
6 non utilisateurs sur 10 pensent ne jamais s’y mettre du tout, 2 sur 10 ne s’y mettront probablement pas.
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(1) Une sélection d'articles et interventions que j'ai consacrés à
cette question :
- Le fossé numérique ne se réduira pas tout seul (avril 2006 – Présentation commentée des dernières statistiques du CREDOC)
- Lire ou écouter : La médiation auprès des publics éloignés des TIC : comment faire pour que ça marche ? (intervention au Puy-en-Velay en octobre 2005)
