Pourquoi parler de Médiation numérique au lieu d'Animation multimédia ?
Par Philippe le dimanche 5 février 2012, 11:44 - Editos - Lien permanent
J'ai évoqué dans un article précédent (La route de la médiation numérique n'est pas un long fleuve tranquille), que ce concept suscitait chez certains, des critiques, des questions, des incompréhensions. Dans certaines réactions défensives de la part d'animateurs-trices d'Espaces publics numériques, il me semble déceler une inquiétude du style :
L'Animation multimédia et les EPN, c'est fini ? On veut notre peau … Qu'est-ce qu'on a fait de mal, nous les animateurs-trices pour mériter cette mise au placard ?
La qualité du travail réalisé depuis des années par les animateurs-trices dans les EPN n'est pas en question. Substituer les termes « accès public à internet » ou « animation multimédia » par « médiation numérique » n'est pas une punition pour les animateurs-trices de ces lieux, ni l'annonce d'une volonté programmée d'en finir les EPN. Bien au contraire, et c'est tout l'inverse dont il s'agit. J'ai la conviction que c'est en ne changeant rien dans le discours et dans les pratiques actuelles, que l'on met les Espaces publics numériques et leurs animateurs-trices en danger.
Le contexte a changé depuis la création des EPN
Il y a maintenant quinze ans qu'ont été mis en place les premiers espaces multimédia pour accueillir et initier les publics aux usages d'internet et aux outils numériques. Cela s'est fait grâce à de l'argent public, avec l'objectif de « lutter contre la fracture numérique », c'est à dire de réduire les fortes disparités d'usages observées entre les plus diplômés et les moins instruits, entre les plus riches et les plus pauvres, entre les jeunes nés à l'époque du numérique et les personnes plus âgées étrangères à cet univers.
Aujourd'hui la question des disparités en terme de pratiques numériques ne se posent plus de la même façon. En 1997, moins de 4% de la population française disposait d'un accès internet à domicile ; en 2011, 75% des français sont connectés à domicile. On pourrait multiplier les données statistiques plus fines sur les usages, ou insister sur le fait que les écarts d'usages les plus importants à résorber sont aujourd'hui ceux concernant l'âge (fossé générationnel).
Cependant, la clé du problème n'est pas là. Car l'enjeu aujourd'hui, plus que jamais, est de convaincre des élus locaux, de l'intérêt et de la pertinence de maintenir encore des Points d'accès publics à Internet et des Espaces publics numériques sur leur territoire. Car ce sont eux, ces élus municipaux, conseillers communautaires et conseillers généraux, qui prennent les décisions sur les budgets ou subventions de fonctionnement permettant de pérenniser les missions et les emplois dans ces lieux.
Mais le discours des professionnels ne s'est pas renouvelé
Qu'avons nous de nouveau à leur servir comme discours depuis quinze ans ? Rien. Ou si peu. La plupart des acteurs de terrain continuent à situer leur action, soit en invoquant la « réduction de la fracture numérique », soit parce qu'il faut « être dans le coup » et parce que « ça va faire venir le public jeune » …
Le problème de se référer à « la fracture numérique », c'est que ce terme polysémique est aussi utilisé dans les politiques d'aménagement et d'infrastructures, comme argument idéologique pour justifier les investissements publics dans le déploiement de l'ADSL d'abord, puis aujourd'hui dans la fibre optique. Aussi pour la majorité des élus, la fracture numérique c'est d'abord le risque que certains territoires se retrouvent davantage isolés, enclavés, coupés des réseaux nécessaires à l'innovation et au développement économique. Les sommes en jeu sur ces projets d'infrastructures sont considérables et préoccupent davantage nos élus que le devenir des EPN (Il en couterait 21 milliards d'Euros sur 15 ans pour connecter les 26 millions de foyers français en fibre optique FTTH, selon l'ARCEP en novembre 2011). Songez un instant que l'on consacre ne serait-ce que 1% de ces montants pour investir dans 4.000 EPN français, cela représenterait 210 millions d'Euros sur 15 ans, c'est à dire pour chacun d'entre eux un budget d'investissement de 10.500 € tous les 3 ans !
Il faut aussi considérer que les élus locaux sont régulièrement interpellés par des habitants ou des chefs d'entreprises de leur territoire, à propos d'un débit de connexion internet trop faible. Les nouveaux arrivants sur un territoire rural posent deux questions : Quid de la prise en charge des enfants (nounous, crèche, école, loisirs …) ? Quid de la qualité d'accès à internet ? Jamais aucun élu n'est sollicité par un habitant pour réclamer un accès public à internet ou un espace d'initiation et d'accompagnement …
Redéfinir les fondements de l'accompagnement aux usages du numérique
L'analyse que je fais est que nous sommes aujourd'hui devant la nécessité de revisiter et de redéfinir les fondements même des actions d'accompagnement des usages du numérique. Les bases idéologiques et les modèles économiques sur lesquelles ces dispositifs d'accès public à internet ont été lancés ne permettent plus d'envisager la pérennité des structures et des emplois.
Mais, me direz-vous, beaucoup de ces EPN marchent bien, ils accueillent beaucoup de publics, leur fréquentation ne diminue pas, voire elle augmente dans certains lieux …
Je ne dis pas le contraire, mais l'objectif est-il seulement que l'espace fasse le plein ? Prenons deux exemples.
Si un EPN accueille un public de jeunes de moins de 25 ans dans des proportions importantes (plus d'un tiers de la fréquentation totale), pour prétendre être financé essentiellement avec de l'argent public, il faut qu'il soit en mesure de montrer qu'il fait un véritable travail d'éducation aux médias, d'accompagnement des projets individuels (formation, orientation, insertion …) ou d'appui à des projets collectifs (socio-éducatifs, artistiques, culturels, inter-générationnels, humanitaires, …). Pour justifier de ce type d'actions, les simples statistiques de fréquentation du lieu ne suffisent pas. Il faut pouvoir mettre en valeur les objectifs spécifiques visés, les parcours des personnes touchées, la plus-value sociale obtenue, l'impact des projets sur le territoire ...
Si un EPN maintient sa vocation initiale de réduire les inégalités, il ne peut se contenter d'accueillir les publics qui viennent spontanément et se doit d'aller au devant des « publics éloignés ». Plus on avance dans le temps et plus les personnes encore « non-connectées » nécessitent des modes de prise en charge spécifiques. L'accompagnement le plus efficace est celui effectué par des personnes de confiance, des professionnels qui interviennent déjà en tant que travail social, assistant-e de vie, conseiller d'insertion, … Pour être efficaces, ces médiateurs numériques occasionnels ont besoin d'un appui technique et méthodologique qui peut être fourni par un-e animateur-trice multimédia expérimenté, dans le cadre d'un partenariat avec l'EPN.
Le terme « Animation multimédia » ne rend pas très bien compte du travail effectué par les professionnels dans ces deux exemples, et ne valorise pas suffisamment la nature des apports aux personnes et l'impact sur le territoire. « Animation multimédia » évoque davantage des activités socio-culturelles menées au sein d'une association d'Education populaire ou d'un Centre de loisirs, plutôt qu'une mission de développement des usages du numérique sur un territoire.
Il y a clairement un enjeu qu'on pourrait qualifier de « marketing politique » dans le choix de cette nouvelle expression, « médiation numérique », pour désigner l'action des EPN. Ce terme est plus large et permet d'englober l'intervention occasionnelle d'autres professionnels, en ne se focalisant pas sur les animateurs-trices d'EPN. Cela est nécessaire pour valoriser les actions d'e-inclusion, de médiation culturelle, de soutien à l'innovation, … Le terme « médiation » est dans son usage moins restrictif que la notion d'animation et évoque plus facilement l'idée de mise en place et de coordination de dispositifs, d'environnements, de projets, d'actions durant dans le temps.
La médiation numérique, c'est avant-tout une posture
Pour moi, il s'agit aussi de mettre en avant un nouveau paradigme d'intervention auprès des publics. La médiation numérique est avant tout une posture d'intervention, qui pose l'autonomie des publics comme objectif premier à atteindre, excluant ainsi les attitudes de préconisation, d'injonction, d'évangélisation … Cette autonomie est la condition préalable pour que puisse se développer un sentiment de responsabilité vis à vis des usages que l'on fait des technologies numériques. C'est le point de passage obligé pour développer les usages citoyens de l'internet. Comme dit le Renard au Petit Prince de Saint-Exupéry : « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé »
Insister sur cette posture particulière de médiation, permet à mon avis plus facilement de justifier la nécessité d'un financement public pour ce type d'implication citoyenne.
Se mettre à la place des décideurs
L'argent public étant appelé à se faire rare dans les années à venir, certaines actions risquent de sortir des priorités de financement des collectivités locales. Ainsi un élu soucieux de faire des économies, pourrait arguer que :
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la formation relève des compétences des Régions ou peut-être financée par les OPCA et les entreprises pour les personnes en activité ;
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l'initiation aux outils numériques devrait être à la charge des vendeurs ou des fabricants de matériels et de logiciels. Si les outils étaient bien conçus et adaptés aux besoins du grand public, ils seraient faciles à prendre en main et à utiliser. Si un habitant décide d'acheter une caméra numérique pour filmer ses vacances, pourquoi la collectivité devrait-elle payer pour qu'il apprenne à s'en servir ? ;
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il y a maintenant dans la société suffisamment de personnes capables d'utiliser et donc capables aussi d'aider bénévolement les personnes de leur entourage. On pourrait initier un réseau d'entraide, de solidarité numérique locale, cela renforcerait le lien social … et économiserait des deniers publics !
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l'animation d'activités multimédia récréatives pour les enfants et les jeunes, ou d'ateliers de perfectionnement pour les adultes, sont des activités de loisirs comme d'autres activités sportives, artistiques, culturelles, … pour lesquelles les participants payent une cotisation calculée pour équilibrer les coûts de fonctionnement. L'aide de la commune pourrait se limiter à proposer une compensation financière pour que la structure propose des tarifs réduits sur la base de critères sociaux.
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La présence des technologies numériques s'est banalisée dans la société et il n'est plus nécessaire de consacrer des lieux spécifiques à cela. Le numérique doit rentrer dans les politiques de droit commun existantes : la lecture publique, l'insertion professionnelle, l'information jeunesse, les actions en faveur des seniors, ...
Eviter la tentation du repli sur soi
Pour être en mesure de répondre à de tels arguments, il faut venir avec un discours construit, proposer de nouvelles approches même si l'on conserve les mêmes finalités … et surtout se mettre davantage à l'écoute des besoins du territoire.
Or, je sens monter chez nombre d'animateurs-trices d'EPN la tentation d'adopter une attitude corporatiste et défensive par rapport au poste qu'ils-elles occupent. Que chacun s'inquiète pour l'avenir de son emploi est bien compréhensible, surtout en temps de crise économique. Mais il faut rappeler qu'il n'a jamais été question, de part la nature même de ces fonctions affectées à la réduction de disparités, qu'elles soient pérennes dans le temps. Chaque personne travaillant dans ce domaine devrait avoir comme objectif de travailler à la disparition de son poste, en faisant en sorte que chaque usager devienne autonome dans des usages choisis du numérique.
Plutôt qu'envisager la disparition des Espaces public numériques comme un échec, je pense qu'il est temps de songer à valoriser le savoir-faire acquis afin de transmettre et de diffuser cette expérience. Après la banalisation des technologies numériques, viendra la banalisation des tâches de médiation. C'est le sens de l'histoire. S'y opposer, adopter une attitude de repli sur soi et sur « son public » en voulant défendre des prérogatives de spécialiste, est un combat perdu d'avance. La reconnaissance de l'expertise des animateurs-trices multimédia ne pourra se faire qu'en s'ouvrant vers l'extérieur et en se mettant au service des projets des autres acteurs du territoire.

Commentaires
Bonjour Philippe.
Je partage pleinement ces affirmations :
"Chaque personne travaillant dans ce domaine devrait avoir comme objectif de travailler à la disparition de son poste"
"La reconnaissance de l'expertise des animateurs-trices multimédia ne pourra se faire qu'en s'ouvrant vers l'extérieur et en se mettant au service des projets des autres acteurs du territoire."
Merci pour ce billet
Bonjour Philippe,
Je partage globalement ton analyse. Et je te remercie de valoriser notre fonction.
Mais, je reste attachée au terme d'animateur, justement parce qu'il renvoie à l'éducation populaire et à la notion "socio-culturelle". Oui la mission que nous menons est éducative pour tous les ages, oui notre instrument est numérique mais nos objectifs sont a la fois sociaux et culturels. Ajouter un mot nouveau pour nous qualifier ne changera pas beaucoup de chose à mon sens, d'autant que le terme animateur est inscrit dans la nomenclature des métiers de la fonction publique. Alors, pourquoi changer? Attachons nous plutôt à le valoriser: oui l'animateur sait mettre en place des projets, coordonner, tisser un réseau. C'est même le coeur de son métier et de la formation du métier d'animateur (BPJEPS...)
Au plaisir de te lire,
@ Gwenaelle
Il est logique et même nécessaire que les animateurs-trices qualifiés et expérimentés comme toi prennent la parole pour mettre en valeur le travail effectué dans le cadre de l'Education populaire. Ce que tu dis conforte ce que je crois, le métier que vous exercez et qui est reconnu et pérenne s'appelle "Animateur socio-culturel" et non pas animateur multimédia. Le numérique est le support et le moyen, mais il est de moins en moins la finalité essentielle.
"Animateur-trice multimédia", c'est un poste ou un emploi, dont les contours sont à redéfinir, surtout si on se base sur le référentiel de compétences du BPJEPS. Ce cadrage des missions très centré autour de l'animation d'un lieu, l'EPN, est selon moi obsolète.
Le terme de "Médiation numérique" permet d'élargir la réflexion de façon prospective, en intégrant à la réflexion des professions connexes : travailleurs sociaux, bibliothécaires, conseillers d'insertion, assistant-e-s de vie pour les personnes âgées, ... Il permet aussi de penser la médiation comme le résultat de l'action d'un réseau d'acteur et non plus comme l'acte pédagogique d'une personne spécialisée dans le numérique.
Je pense que les médiateurs numériques doivent être spécialisés ... dans l'humain !
Philippe,
Je partage la vue d'ensemble de ton texte, cependant la fin me semble, une fois de plus, faire porter une responsabilité indue ou injuste aux animateur /animatrice des EPN.
Il me semble qu'il devient important de réfléchir en ecosystéme et d'interpeller également les responsables, décideurs (politiques également et surtout eux d'ailleurs, dans un échange constructif).
Il faut que dans les structures, par exemple, l'ensemble des professionnels ait une vision sur ce que peut représenter un lieu, une action autour du "numérique". L'animateur est une courroie de transmission, qui ne doit pas rester isolée, ce qui reste encore trop souvent le cas...
Quand tu précises :"Le numérique doit rentrer dans les politiques de droit commun existantes : la lecture publique, l'insertion professionnelle, l'information jeunesse, les actions en faveur des seniors, ...", nous sommes dans un schéma d'éducation aux nouveaux médias (où le nomadisme va rendre, à moyen terme, plus ou moins obsolète la notion d'espace fixe et figé), au même titre que l'éducation à l'image (bataille perdue??). Ceci va dans le sens, que tu évoques, d'investir de nouveaux territoires (lieux, espaces temporels...) et d'intégrer le mot culture au paradigme numérique (ou multimédia peu importe). Une culture inter interdisciplinaire qui reste un possible structurant.
Derrière culture , se trouve aussi le mot créativité, des projets partagés en groupe (et si possible avec des artistes qui portent une vision critique) et le retour vers des pratiques amateurs (de qualité) qui favorisent la rencontre, l'échange verbal sous toute ses formes, le toucher (et oui) et tout ce qui favorise la composante humaine.
Le débat entre le mot médiation (plutôt tendance) et médiation doit ouvrir sur des fonctions qui favorisent des expériences sociales, didactiques, esthétiques, symbolique et politique.L'objectif va dans le sens de citoyenneté (de formation à la citoyenneté). Cela représente un vaste chantier qui implique une formation généraliste, une maitrise technique (sans obsession techniciste). Je pense que proposer dans le cadre de formation pour des animateurs, un peu de philo, d'histoire des sciences et techniques, de socio, peut donner un recul nécessaire à la compréhension des ressorts de la chose numérique.
Au final, en tant que responsable d'un lieu avec un EPN, mais qui mise aussi sur l'approche culturelle, artistique, je pense et suis convaincu que nous pouvons même parler d'éducation aux médias. Encore faut il s'en donner les moyens et ne pas limiter le numérique à une vision purement industrielle, de consommation et purement formaliste...
Amicalement
Patrick
Philippe,
Je partage la vue d'ensemble de ton texte, cependant la fin me semble, une fois de plus, faire porter une responsabilité indue ou injuste aux animateur /animatrice des EPN.
Il me semble qu'il devient important de réfléchir en ecosystéme et d'interpeller également les responsables, décideurs (politiques également et surtout eux d'ailleurs, dans un échange constructif).
Il faut que dans les structures, par exemple, l'ensemble des professionnels ait une vision sur ce que peut représenter un lieu, une action autour du "numérique". L'animateur est une courroie de transmission, qui ne doit pas rester isolée, ce qui reste encore trop souvent le cas...
Quand tu précises :"Le numérique doit rentrer dans les politiques de droit commun existantes : la lecture publique, l'insertion professionnelle, l'information jeunesse, les actions en faveur des seniors, ...", nous sommes dans un schéma d'éducation aux nouveaux médias (où le nomadisme va rendre, à moyen terme, plus ou moins obsolète la notion d'espace fixe et figé), au même titre que l'éducation à l'image (bataille perdue??). Ceci va dans le sens, que tu évoques, d'investir de nouveaux territoires (lieux, espaces temporels...) et d'intégrer le mot culture au paradigme numérique (ou multimédia peu importe). Une culture inter interdisciplinaire qui reste un possible structurant.
Derrière culture , se trouve aussi le mot créativité, des projets partagés en groupe (et si possible avec des artistes qui portent une vision critique) et le retour vers des pratiques amateurs (de qualité) qui favorisent la rencontre, l'échange verbal sous toute ses formes, le toucher (et oui) et tout ce qui favorise la composante humaine.
Le débat entre le mot médiation (plutôt tendance) et médiation doit ouvrir sur des fonctions qui favorisent des expériences sociales, didactiques, esthétiques, symbolique et politique.L'objectif va dans le sens de citoyenneté (de formation à la citoyenneté). Cela représente un vaste chantier qui implique une formation généraliste, une maitrise technique (sans obsession techniciste). Je pense que proposer dans le cadre de formation pour des animateurs, un peu de philo, d'histoire des sciences et techniques, de socio, peut donner un recul nécessaire à la compréhension des ressorts de la chose numérique.
Au final, en tant que responsable d'un lieu avec un EPN, mais qui mise aussi sur l'approche culturelle, artistique, je pense et suis convaincu que nous pouvons même parler d'éducation aux médias. Encore faut il s'en donner les moyens et ne pas limiter le numérique à une vision purement industrielle, de consommation et purement formaliste...
Amicalement
Patrick
Bonjour Philippe,
Une lecture tardive de ton billet, me conforte dans les choix posés sur notre département. Les médiateurs numériques sont passés d'une posture figée au sein des EPN à une posture dynamique et mobile hors des EPN. Nos actions sont largement orientées vers les publics en insertion, et les personnes fragiles socialement. Ce sont les axes politiques posés par les élus qui créent la mission des médiateurs numériques dans notre département dans la mesure où ils sont salariés de la collectivité. Mais l'évolution du métier , c'est bien notre équipe qui l'a impulsée. Prés de 13 % de notre population départementale vit sous le seuil de pauvreté: pas de question à se poser pour savoir quelles sont les priorités. La volonté d'équiper et d'accompagner les publics aux usages reposent largement sur un état de fait : absence d'équipement et de connexion. Par contre, il s'agit de diversifier les supports et les modalités (passer de l'initiation à la bureautique à la création et aux expériences multimédia...). Ici c'est l'enjeu de l'animation et de ses savoirs faire qui est posé. Alors animateurs ou médiateurs ? Nous avons choisi le terme de médiateurs pour l'installer dans la collectivité et le faire reconnaître comme un véritable métier. Les médiateurs se servent des techniques d'animation pour exercer leur mision de médiation: une la palissade qui malgré tout donne du sens à la focntion. Animation renvoie vers le public, la mise en scène, la recherche d'expériences collectives et de l'autonomie des personnes au bout du compte. Ne nous trompons pas malgré tout: la médiation doit savoir dire ce qu'elle fait, argumenter sur ses outils et méthodes, mais aussi rendre compte et poser les résultats de ses interventions. Les financements publics sont à justifier de manière permanente. La médiation numérique n'échappe pas à cette régle de base. Même si elle doit apporter la preuve de son efficacité, de son utilité, elle doit apporter également les résultats de son travail pour le prolonger dans le temps et rendre son avenir plus serein. Enfin la création de réseau de bénévoles ne met pas en danger la fonction des médiateurs numériques, elle leur permet de faire évoluer leur métier. Nous allons l'expérimenter sur une période de 3 ans...C'est nous qui accompagnerons les bénévoles dans le but de démultiplier l'offre de médiation, et répondre aux frustrations permanentes des demandeurs d'accompagnement qui constatent notre incapacité à répondre (11 médiateurs numériques sur le département)..Un peu comme les bibliothèques départementales de prêts nous nous entourons de bénévoles actifs et labellisés...
Bonjour,
Animateur, je vais prochainement concilier ma passion pour le numérique et l'animation en devenant "animateur numérique, médiateur numérique" (c'est le titre de ma fiche de poste). Puisque les mots sont importants, il est à mon sens essentiel de les rappeler.
Je pense un peu comme vous, que l'objectif principal d'un animateur est de faire en sorte d'autonomiser son public, lui donner les clés pour qu'il puisse lui-même arriver à utiliser son outil en ayant toutes les clés en main, et qu'il puisse en découvrir d'autres...
On se rapproche d'ailleurs des thématiques de l'éducation spécialisée aussi, celle des auxiliaires de vie scolaires (que je connais bien, étant moi-même du "sérail"), travailler utopiquement à sa propre disparition ; l'utopie étant un but vers lequel toutes nos actions tendent... On est bien là dans l'idée d'une éducation populaire, la formation tout au long de la vie.. etc...
Autant je partage cette analyse, autant la conclusion me semble désaxée par rapport à cela. Je pense qu'il est nécessaire que le travail de médiation se fasse, qu'il soit pris en charge au sein de la famille par ses pairs, par un intervenant extérieur (école, epn...), que si nous avons 75% de personnes connectées, cela fait toujours 25% qui n'en sont pas (plus que des personnes au chômage), que les usages évoluent et les besoins tout autant (s'il y a 10 ans on se devait apprendre à utiliser l'ordinateur et internet, aujourd'hui on doit apprendre à utiliser les outils qu'il nous mettent à disposition (logiciels libres, facebook...), et enfin que le dialogue nécessaire, le "faire ensemble" au sein d'une structure est tout aussi prégnant que le faire "tout seul".
A mon sens, le travail d'animateur numérique est avant toute chose un travail d'animation, donner la vie au sens premier du terme, dont la médiation fait partie de ses outils. La médiation numérique me semble faire partie d'un corpus de moyens répondant justement à l'interrogation suscitée plus haut, disparaître étant l'objectif de tout accompagnateur.